Clio V6 et Renault 5 Turbo sur route côtière au coucher du soleil

Clio V6 et Renault 5 Turbo — deux générations, une même philosophie.

Renault Sport est mort. Longue vie à Renault Sport.

Pendant plus de trente ans, les ingénieurs de Dieppe n'ont pas simplement fabriqué des voitures rapides : ils ont créé des automobiles que personne d'autre n'aurait osé produire. Hommage à une époque où l'audace précédait le tableau Excel.

29 juin 2026 · 9 min de lecture · Cédric Vaslin

Il y a des noms qui ne disparaissent jamais vraiment. Ferrari. Porsche. BMW M. Et, pour toute une génération de passionnés français… Renault Sport.

Pendant plus de trente ans, les ingénieurs de Dieppe n'ont pas simplement fabriqué des voitures rapides. Ils ont créé des automobiles que personne d'autre n'aurait osé produire. Pas parce qu'elles étaient les plus puissantes. Pas parce qu'elles étaient les plus luxueuses. Mais parce qu'elles avaient une âme. Une personnalité. Et parfois même… une bonne dose de folie.

Quand les ingénieurs avaient encore le dernier mot

Aujourd'hui, une voiture naît souvent devant un tableau Excel. On fixe un coût. Une rentabilité. Des émissions de CO₂. Une clientèle cible. Puis on demande aux ingénieurs de fabriquer une voiture qui rentre dans toutes les cases.

Chez Renault Sport, c'était presque l'inverse. On commençait par imaginer une voiture capable de donner le sourire. Le reste venait ensuite.

C'est probablement cette philosophie qui explique pourquoi Renault Sport nous a offert des modèles devenus totalement improbables.

La Renault 5 Turbo : le premier coup de folie

Renault 5 Turbo rouge en surplomb d'une vallée
Renault 5 Turbo : moteur central arrière et propulsion, dans une carrosserie de citadine.

Tout commence avec elle. Une simple Renault 5 populaire. Enfin… en apparence.

Quelques ingénieurs décident de déplacer le moteur en position centrale arrière, de la transformer en propulsion, d'élargir considérablement sa carrosserie et d'en faire une arme de rallye. Une voiture complètement irrationnelle. Une voiture qui ne ressemblait à aucune autre.

Aujourd'hui encore, elle demeure l'une des automobiles françaises les plus emblématiques jamais produites. Elle résume à elle seule ce qu'était Renault Sport : l'audace avant tout.

Le Spider : une voiture qui n'aurait jamais dû exister

Renault Spider jaune au coucher du soleil
Renault Spider : un kart homologué pour la route, sans concession au confort.

Puis arrive le Spider. Certainement le projet le plus insensé jamais validé par un constructeur généraliste. Une voiture sans vitres latérales. Et, dans sa version la plus radicale… sans véritable pare-brise.

Objectivement, cette automobile est totalement inadaptée. Elle ne protège ni du vent, ni de la pluie. Elle oblige parfois à porter un casque ou des lunettes. Le confort est inexistant. Le bon sens aurait voulu que ce projet ne dépasse jamais la planche à dessin.

Mais Renault Sport ne voulait pas construire une voiture raisonnable. Ils voulaient construire un kart homologué pour la route. Et ils y sont parvenus.

Chaque trajet devient une expérience. On ne traverse plus un paysage. On le vit. Le Spider ne filtre rien. Il amplifie tout. C'est probablement l'une des dernières voitures capables de rappeler pourquoi conduire peut être une émotion.

Puis Renault Sport a osé… la Clio V6

Clio V6 grise de trois quarts avant
Clio V6 : un V6 trois litres en position centrale, à la place de la banquette arrière.

Comme si cela ne suffisait pas… les ingénieurs recommencent. Cette fois, ils prennent une Clio. Retirent la banquette arrière. Installent un V6 de trois litres en position centrale. Élargissent toute la caisse. Et transforment une citadine en propulsion.

Personne n'avait demandé une telle voiture. Personne n'en avait besoin. Mais tout le monde s'en souvient.

La Clio V6 n'était pas parfaite. Elle était brutale. Exigeante. Parfois même intimidante. Et c'est précisément pour cela qu'elle est devenue une légende. Aujourd'hui encore, peu de constructeurs auraient le courage de commercialiser une automobile aussi irrationnelle.

Le dernier rebond : la Mégane RS Trophy-R

Mégane RS Trophy-R blanche avec jantes rouges au coucher du soleil
Mégane RS Trophy-R : le testament de Renault Sport, records au Nürburgring à la clé.

Puis vint le dernier cadeau. Comme un ultime clin d'œil des ingénieurs de Dieppe avant de refermer définitivement le livre Renault Sport.

La Mégane RS Trophy-R n'était plus une simple compacte sportive. C'était une déclaration d'intention.

  • Deux places, les sièges arrière supprimés
  • Des baquets Sabelt
  • Un arceau sur certaines configurations
  • Une ligne d'échappement en titane développée avec Akrapovič
  • Des jantes allégées, parfois en carbone selon les versions
  • Des amortisseurs Öhlins réglables
  • Une batterie allégée

Chaque kilogramme superflu avait été traqué. Chaque détail poursuivait un seul objectif : aller plus vite, ressentir davantage.

Cette voiture n'était pas pensée pour séduire le plus grand nombre. Elle était destinée à quelques passionnés capables de comprendre qu'un chrono sur circuit n'est pas qu'un chiffre, mais l'aboutissement de centaines d'heures de travail d'ingénieurs passionnés.

En signant plusieurs records sur le Nürburgring, la Trophy-R a rappelé au monde entier ce que Renault Sport savait faire de mieux : créer des voitures extraordinairement efficaces sans disposer des moyens des grands constructeurs premium.

Ce n'était pas seulement une Mégane. C'était le testament de Renault Sport.

Renault Sport n'était pas une marque. C'était un état d'esprit.

Celui d'ingénieurs capables de défendre un projet totalement irrationnel parce qu'ils savaient qu'il ferait battre le cœur des passionnés.

La Renault 5 Turbo. Le Spider. La Clio V6. La Mégane RS Trophy-R. Quatre voitures. Quatre époques. Une seule philosophie. Créer des automobiles que personne n'osait imaginer.

Aujourd'hui, les voitures sont plus rapides. Plus sûres. Plus connectées. Mais elles sont rarement aussi audacieuses. Les tableaux Excel ont gagné. Les ingénieurs, eux, ont perdu un peu de leur liberté. Et avec elle, une certaine idée de l'automobile.

« Renault Sport est mort. Mais tant qu'il restera des Spider sans pare-brise, des Clio V6 rugissantes, des Renault 5 Turbo en travers dans les spéciales et des Trophy-R prêtes à dévorer un circuit… personne ne pourra vraiment enterrer son héritage. »

Renault Sport est mort. Longue vie à Renault Sport.

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